retour___killybegsQuatrième de couverture: « Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence. »

Killybegs, le 24 décembre 2006 Tyrone Meehan

 

Tyrone Meehan, seul dans la maison où il a grandi revient sur son enfance. Son père alccolique et violent meurt quand il est encore enfant. Sa mère les emmène, lui et ses huit frères et soeurs, vivre chez leur oncle à Belfast. Ils sont chassés du quartier par les protestants et se réfugient dans un ghetto catholique, c'est pour Tyrone le début de son engagement et de son dévouement envers l'IRA. Il a 16 ans.

Mon coup de coeur pour Sorj Chalandon et ses histoires irlandaises se confirme. J'ai encore été beaucoup émue, plus encore que pour Mon traître. J'ai envie de dire que Retour à Killybegs ne se lit pas, il se ressent. C'est pouruqoi j'éprouve pas mal de difficultés à vous en parler ... Et je vais plutôt vous taper les passages qui m'ont particulièrement touchée.

Tyrone Meehan a trahi, on le sait et pourtant à aucun moment je n'ai réussi à le voir comme un traitre? Il est un homme, avec ses forces et ses faiblesses, qui, par conviction, oeuvre pour son pays, pour sa famille, pour la paix.

Certains passages, notamment ceux sur les grèves de la faim et de l'hygiène sont très durs. Je n'avais pas conscince au final de la dureté de cette guerre et pourtant c'était il y a à peine trente ans! Une guerre psychologique. Je n'excuse en rien les agissements de l'un ou l'autre camp, mais ces mots, les mots de Tyrone Meehan nous font comprendre l'IRA et son combat...

Un livre très fort donc. Il ne faut pas, je crois, passer à côté de ce titre de la rentrée littéraire 2011!

Les extraits:

"Ces félons étaient armés par les Anglais, habillés par les Anglais, ils ouvraient le feu sur leurs camarades. Ils n’avaient d’irlandais que notre sang sur les mains."

"A cet instant, j'ai compris que ma vie suffoquerait entre ces murs captifs et ma rue barbelée. J'entrerais, je sortirais jusqu'à mon dernier souffle. Mais libres, entravées, libérées de nouveau pour porter un fusil en attendant les chaînes. Sans savoir si la mort m'attendrait dehors ou dedans."

"Le trahi et le traitre son pareillement douloureux, Tyrone. On peut aimer l'Irlande à en mourir, ou l'aimer à en trahir."

"Il était pour moi à la fois l'étranger et mon peuple. Celui qui m'avait vu et celui qui ne me verrait plus jamais. Il était le petit Français et toute cette Irlande qu'il suivait pas à pas. Il était un peu de Belfast, un peu de Killybegs, un peu de nos vieux prisonniers, de nos marches, de nos colères. Il était le regard de Mickey, le sourire de Jim. Il était de nos victoires et de nos défaites. Il avait tant et tant aimé cette terre qu'il en était.'

"J'ai de la fièvre. Le jour tarde. J'attends toujours ce lambeau de clarté. J'ai froid de mon pays, mal de ma terre. Je ne respire plus, Je bois. La bière coule en pleurs sur ma poitrine. Je sais qu'ils attendent. Ils vont venir. Ils sont là. Je ne bougerai pas. Je suis dans la maison de mon père? Je les regarderai en face, leurs yeux dans les miens, le pardon du fusillé offert à ses bourreaux."

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(6/7)