James Frey, L.A. Story
4è de couverture : "L'un des auteurs les plus célèbres et controversés des Etats-Unis nous
livre ici son premier roman : une chronique audacieuse du Los Angeles
contemporain. Des dizaines de personnages défilent sous les yeux du
lecteur - certains ne font qu'une unique apparition - tandis que James
Frey s'attache à narrer les vies dramatiques d'une poignée d'âmes
perdues de Los Angeles : une jeune Latino-Américaine brillante et
ambitieuse qui voit s'écrouler ses espérances dans un moment
d'humiliation cuisante ; un acteur de films d'action narcissique à
l'excès que la poursuite d'une passion impossible risque de détruire;
deux jeunes gens de dix-neuf ans qui fuient l'atmosphère étouffante de
leur ville natale et se battent pour survivre aux marges de la grande
ville ; un vieil alcoolique de Venice Beach dont la vie est bouleversée
par l'irruption d'une adolescente toxicomane à demi morte devant les
toilettes où il a élu domicile. Ce roman puissant résonne des millions
d'autres vies qui, mises ensemble, décrivent une ville, une culture et
une époque. L.A. Story, en un tour de force ébouriffant, déroule les
joies, horreurs et hasards inattendus de la vie et de la mort dans la
cité des Anges."
Le livre s'ouvre sur la création de la ville de Los Angeles en 1781. A l'époque, la ville qui n'était alors qu'un petit village réunissant quelques esclaves affranchis, trois mexicains et un européen, s'appelait Pueblo de Nuestra Señora la Reina de Los Angeles de Porciuncula. Puis nous faisons un bond dans le 3e millénaire avec Dylan et Maddie. Tous deux fuient vers l'ouest, vers L.A. Leur histoire s'ouvre donc avec un départ, une fuite en avant. On retrouve ici des thèmes récurrents dans la littérature américaine, la fuite vers l'ouest, le recul de la frontière et surtout l'idéologie du rêve américain. Partir de rien pour tout recommencer. En effet, Maddie et Dylan ont dix-neuf ans à peine et partent à bord d'un pick-up qu'ils revendront une fois arrivés à destination: Los Angeles... p 12 " Il démarra, vira à l'ouest commença à rouler en direction de la lueur. Elle était à des milliers de kilomètres. Il se mit à rouler en direction de la lueur."
Jame Frey ponctue ces histoires de faits réels. On est donc balloté entre histoires romancées: celle de Maddie et Dylan mais aussi celle d'Amberton, acteur en vogue à Hollywood, celle de Joe, sdf sur la promenade de Venice Beach, ou encore celle d'Esperanza née sur le sol américain de parents Mexicains; histoires ponctuelles: celles de TJ, de Renee, de Barry, d'Anika et Lashawn, autant d'histories d'anonymes qui poussent les gens à venir s'installer à L.A, qui racontent la vie des gens à L.A, qui donnent envie de découvrir L.A, qui critiquent L.A mais qui à chaque fois montrent le pouvoir que peut avoir L.A sur les gens. Parallèlement nous suivons le développement de la ville depuis sa création, son Histoire : l'histoire des routes et de leurs noms, les Etats qu'elles traversent avant d'arriver dans la cité des Anges, les gangs, l'histoire de tous ces gens attirés par la célébrité mais qui ne percent pas, ne perceront jamais et seront serveurs, livreurs de pizza ou même prostituées, les quartiers : Skid Row, Little Tokyo, China Town etc. , l'histoire des transformations et mutations de la ville qui donnent l'impression d'un grouillement perpétuel, d'une ville toujours en mouvement, en construction, un grouillement de gens, d'argent, de violence et de misère, l'histoire des universités de L.A, de l'école de rock, de ses musées et galeries d'art, de tout ce qui peut motiver les gens à venir à L.A.
Mais pourquoi viennent-ils donc à L.A si ce n'est pour la gloire? Pour perpétuer la tradition de leurs ancêtres? James Frey recense diverses raisons selon la "provenance" de tous ces gens: le trafic de jeunes asiatique spour alimenter les salons de massage, les gosses des rues qui fuient leurs parents, les terroristes, ceux qui viennent pour se soigner, les étudiants, les femmes qui veulent faire carrière dans la pornographie, les touristes, les réfugiers politiques etc.
p 488 : " Ce ne sont pas que des rêves de gloire Certains rêvent d'un toit, d'autres d'un lit, d'autres d'un travail, certains rêvent d'assez d'argent pour manger, d'autres d'oublier, de quitter, se cacher, se transformer, devenir, certains rêvent le simple rêve de passer la journée sans crainte de mourir, d'autres de familles ici où là quelque soit l'endroit où ils les ont laisées, rêvent de els faire venir de repartir à zéro qu'on leur donne leur chance, certains rêvent d'avoir le droit de vivre parler croire et s'habiller comme ils l'entendent. Certains rêvent de célébrités mais ils sont peu nombreux comparés à ceux qui rêvent d'un endroit qui les accueille, les nourrisse, les laisse devenir la fleur ou le poison qu'ils cherchent à devenir, les laisse crier hurler décrier prier discuter conclure des marchés acheter vendre donner prendre devenir ou non ce qu'ils veulent parce que c'est possible, c'est possible ici."
Ce qui m'a le plus plu dans ce livre c'est justement l'alternance entre histoires et Histoire qui n'est pas sans rappeler la contruction des Raisins de la Colère de Steinbeck. Ces allers retours entre histoires particulières et histoires anonymes. L.A est à la fois une et plusieurs. Elle est particulière et elle est tous ces gens, faite de toutes ces histoires. Les quatres narrations sur lesquelles s'est focalisé l'auteur sont touchantes et symboliques. Il ne donne pas son avis, il ne critique pas, il donne à voir, il expose des faits.
Ce qui m'a posé problème c'est la ponctuation, ou plutôt l'absence de ponctuation, les longues phrases d'énumération sans virgule. Peut-être a-t-il justement choisi de ne pas ponctuer ses phrases, d'adopter parfois un style télégraphique sans sujet pour montrer ce mouvement perpétuel de la ville et des gens, mais pendant 500 pages c'est parfois lourd!
