Mark Sarvas, Harry revu et corrigé
4ème de couverture: "Beverly Hills, Californie. En route pour le funérarium où doit avoir
lieu la crémation de sa femme décédée brutalement, Harry, loser pétri
de culpabilité, s'arrête dans un improbable café et commande un
sandwich dont il ne veut pas mais qui l'inspire pourtant… Là, il est
pris d'un béguin irrésistible pour Molly, la serveuse. Conquérir le
cœur de sa belle va le mener très loin, notamment :
- à s'employer par tous les moyens, et sans succès, au bonheur de la collègue de Molly, la revêche Lucille ;
- à lire Le Comte de Monte-Cristo ;
- à casser la figure à un type pour la première fois de sa vie ;
- à virer sa secrétaire ;
- à s'interroger sur l'amitié véritable ;
- à prendre un cours de boxe auprès de Max le podologue ;
- à rencontrer un certain Elliott…
Dans une tentative échevelée pour reprendre les rênes de son existence,
il cherche à accomplir de bonnes actions mais sème le doute, la
confusion et le chaos tout autour de lui. En dernière minute, il
renoncera même à l'amour de Molly pour jeter un regard lucide et
réconcilié sur le grand amour de sa vie, Anna, sa femme désormais
disparue. Son voyage émotionnel lui aura enfin révélé sa personnalité,
dans une version légèrement revue et corrigée…
On rit beaucoup à la lecture de ce roman à la construction complexe où
s'imbriquent une multitude d'intrigues secondaires. En plus d'être
hilarante, l'histoire d'Harry explore des thèmes plus durs, plus
denses, comme le deuil et l'estime de soi, avec une infinie subtilité."
Une chose est certaine c’est
que je ne m’attendais pas du tout à ça mais alors pas du tout. La quatrième de
couverture et même l’illustration de la couverture me donnait l’impression de
quelque chose de léger et drôle, un genre de chick-litt au masculin, un
Harry-Bridget Jones qui se remet du décès de sa femme en dragouillant les
serveuses juvéniles mais que nenni ! Drôle ça l’est mais pas que… C’est
aussi émouvant, voire très triste à certains passages ! J’ai donc été très
déçue pour commencer, je n’aimais pas vraiment le ton, le personnage d’Harry m’était
insupportable, mais tout a basculé au bout de 150 pages (presque la moitié
quand même).
Harry est d’abord dans le
déni de la mort de sa femme, il semble anesthésié et fait n’importe quoi pour
ne pas avoir à y penser. C’est ainsi qu’il va se transformer en Edmond Dantès
des temps modernes pour séduire Molly. Le plus étonnant c’est qu’il ne devient
pas le Dantès de Molly mais celui de Lucille, elle aussi serveuse au rétro
café. Dans son raisonnement il améliore le quotidien de Lucille, elle est donc
moins bougon au travail, il récolte la reconnaissance de Molly … Tordu non ?
Puis au fil des pages la narration nous
entraine vers un côté un peu plus sombre d’Harry. Le narrateur revient sur l’histoire
d’Harry et d’Anna. On revient sur les mensonges qu’Harry a faits à Anna, de l’embauche
de sa secrétaire à ses après-midis en compagnie de Call-girl louées dans une
agence. On comprend certains évènements, de vieilles rancoeurs à peine évoquées
plus tôt dans le livre.
Le puzzle se complète et les chapitres ont un effet
de résonnance les uns avec les autres. On ressent une certaine sympathie pour
notre « anti-héros » même si on ne cautionne pas forcément son comportement
puéril dans lequel il persiste (sans même se rendre compte à quel point il est
pathétique) et plus les pages passent, plus nous comprenons pourquoi il agit de
la sorte. On prend conscience de l’admiration qu’il éprouvait pour sa femme,
admiration qui lui donnait à voir sa propre médiocrité. Harry se dévalorise en
permanence face à sa femme.
Ce
que j’ai aimé :
Les touches d’humour disséminés
ici et là, tant par les différentes situations auxquelles est confronté Harry
que par celles lancées par le narrateur omniscient (« Harry ignore ces
détails biographiques, évidemment. »)
La référence à un de nos
grands classiques de la littérature française, et à d’autres classiques comme
Macbeth,
L’alternance entre chapitres
présents et chapitres flash-back d’avant la mort d’Anna.
La résonnance entre les
différentes chapitres et évènements qui nous amènent à mieux comprendre le
début, et le pourquoi du comment Harry s’est transformé en Dantès (diantre j’ai
bien envie de dire pourquoi mais ce serait un peu gâcher le plaisir de la
lecture à d’autres !)
Le récit de la rencontre entre
Anna et Harry. Elle est empreinte de tendresse. Je l’ai trouvé émouvante.
Ce
que j’ai moins aimé :
Le contraste entre l’image
que je m’étais faite de ce que j’allais lire d’après la couverture. On y voit
un peu le portrait d’un dandy séducteur mais on est en fait en présence d’un
Harry un peu pataud, connu sous le nom de « M.Mais-pas-trop » à l’agence
de Call girl. Il est d’ailleurs tout à fait lucide sur lui-même puisqu’il est « Harry
le laborieux, Harry le-prévisible-et-un-brin-rasoir. »
Qu’il faille 150 pages pour « m’accrocher »
j’aime être séduite des les premières pages.
L’apparition du personnage d’Elliott
mais que vient-il faire dans tout ça. Certes il y’a un dénouement, une histoire
parallèle. Harry lui prodigue des conseils afin de s’en débarrasser. Conseils
qu’il n’arrive pas lui-même à tenir. Mais je ne sais pas j’ai eu une petite
impression d’inutilité.
En bref c’est donc avec un avis mitigé que j’ai refermé ce livre. Je vais maintenant aller jeter un œil au blog de Mark Sarvas : The Elegant Variation et préparé mes petites questions à poser à l’auteur pour Livraddict, que je remercie d’ailleurs pour m’avoir permis de participer à ce partenariat avec NiL éditions.
Retrouvez ici l'avis de Pikachu.
Quelques citations que j’ai
retenues :
P 121 « Savoir ce que vous voulez faire
ça ne suffit pas ; il faut aussi savoir « pourquoi » vous voulez
le faire. »
P 229 « Il est toujours
plus notable que la vengeance est non seulement incapable de satisfaire son cœur
mais aussi qu’elle a d’une certaine façon, souiller son âme. »
P 230 « Et voici que
tous les méchants du récit de Dumas en ont pris pour leur grade mais que Dantès
n’en reste pas moins torturé par le chagrin ! »
P 275 « ne va pas te mettre des dingueries en tête comme quoi tu serais capable de contrôler le destin de quiconque. Parce que je te le dis, moi, le retour de bâton sera tellement duraille que t’en garderas la marque toute ta putain de vie. »
