16 mars 2013

Lecture commune: Jean-Michel Guenassia, La vie rêvée d'Ernesto G

la_vie_r_v_e_d_Ernesto_GQuatrième de couverture:

"De 1910 à 2010 et de Prague à Alger en passant par Paris. La traversée du siècle de Joseph Kaplan, médecin juif pragois. De la Bohème et ses guinguettes où l'on croisait des filles qui dansaient divinement le tango en fumant des Bastos, à l'exil dans le djebel, de la peste d'Alger aux désillusions du communisme, voici la vie d'un héros malgré lui, pris dans les tourmentes de l'Histoire. Une vie d'amours et de grandes amitiés, une vie d'espoirs et de rencontres, jusqu'à celle, un jour de 1966, d'un certain Ernesto G., guerrier magnifique et terrassé, échoué au fin fond de la campagne tchèque après sa déroute africaine.

On retrouve ici toute la puissance romanesque de Jean-Michel Guenassia qui, après Le Club des incorrigibles optimistes, nous entraine dans la délicate nostalgie des hommes ballottés par l'Histoire, les hommes qui tombent et qui font de cette chute même et de leur désenchantement une oeuvre d'art."

 

Début du XXe siècle, Joseph, fils de médecin vit à Prague avec son père. Il fait des études de médecine et se spécialise dans la recherche en biologie à Paris. Université le jour, meeting politiques et danse la nuit, les années éstudiantines de Joseph seront marquées par la montée du franquisme puis du nazisme.

A l'orée de la seconde guerre mondiale, Joseph part pour Alger et intègre le prestigieux institut Pasteur où il travaillera quelques années, Guenassia nous fait le doux récit d'une Algérie française où il fait bon vivre. Les amitiés sont solides, la jeunesse se retrouve dans les petites gargottes et l'odeur des merguez grillées n'est pas bien loin. Seule la guerre met un terme à cette vie d'insouscience et oblige notre Joseph, juif de par son père, à  fuir Alger et se cacher tout en continuant ses recherches. Cette période est marquée par la solitude et la promiscuité qui changeront notre protagoniste. Trois ans de cette vie de misère et Joseph revient à Alger puis en France à la fin de la guerre pour retrouver ensuite son pays, ses amis, ses racines. Vivre son amour, occuper des responsabilités dans la vie politique, nous faire réfléchir sur le communisme, rencontrer Ernesto G pas de la manière qu'on croit ... Je n'en dis pas plus quant aux évènements pour vous laisser le plaisir de la découverte intact.

Il est des livres comme ça, qu'on sait qu'on portera toujours au fond de nous, le club des incorrigibles optimistes en était, La vie rêvée d'Ernesto G en sera aussi. Jean-Michel Guenassia m'a une nouvelle fois emmenée avec lui et ses personnages. De Prague à Paris en passant par Alger ce sont une histoire et une Histoire chargées en émotions et en souvenirs qui nous sont contées avec brio.

J'ai autant aimé la première partie centrée sur Joseph Kaplan que la seconde centrée sur Héléna, sa fille et Ernesto Guevara. Quelle en est la part de réalité et la part fictive? On se prend vite à rêver des rues de Prague, de la douceur de la Bohême, du froid qui vous mord les joues et des cafés pittoresques et chaleureux.

Ce roman c'est aussi l'histoire d'une nation qui a porté le communisme à bouts de bras comme l'illusion d'un monde meilleur et plus humain c'est donc aussi forcément la desillusion d'un peuple brimé qui ne peut s'exprimer librement et qui vit dans l'angoisse des arrestations arbitraires.

Il y aurait tellement de choses à dire: l'amour parental, la raison et la passion, la trahison, la manipulation, l'enfance, l'appartenance à un peuple, à une terre, à des idéaux, l'enfance, l'abandon, la foi... Le mieux étant encore de le découvrir soi-même... Et par la même occasion de (re)voir Carnets de voyages avec Gabriel Garcia Bernal.

 

Quelques extraits qui m'ont particulièrement émue:

"Un soir, elle lui avait recommandé de se méfier comme de la peste des lieutenants de vaisseau, tout ce qu'ils juraient ou écrivaient c'était des bobards, rien d'autre."

"Ils se retrouvaient en tête à tête, dans cette maison au silence de cathédrale, ressemblant à ces enfants perdus dans la palpitation d'une nuit de noces d'un mariage arrangé par les familles et même si c'était eux qui l'avait organisé, ils se sentaient aussi gauches et empruntés, ils savaient l'un et l'autre que ce n'était plus une belle idée mais un corps inconnu avec qui ils étaient censés passer le reste de leur vie et se découvrir, se donner, faire le grand saut dans le vide, devenir intimes, dévoiler leurs secrets, en finir avec cette amitié batarde, plus prochesdésormais que de n'importe qui, avec la même appréhension, la même crainte, va-t-on s'entendre? Va-t-on se trouver? Avons-nous suffisamment envie l'un de l'autre pas seulement pour cette nuit mais pour les milliers d'autres nuits et d'autres jours? Peut-on se remettre d'avoir fait les choses à l'envers, dans un sens différent de l'ordre universel, où on s'aime d'abord, où on s'aime tellement qu'on décide de rester ensemble pour la vie."

"Nos vies ne nous appartiennent pas: d'autres les écrivent pour nous. Je dois partir ailleurs. Nous ne nous reverrons pas. Je vais tenir un rôle que je n'avais pas envie de jouer, dans un mauvais film, avec une fin stupide, mais ce film aura certainement beaucoup de succès. Et il paraît que ce sera une grande victoire pour notre cause. Sauf pour moi."

"Au moment de m'en aller, je voulais que tu saches à quel point j'ai pu t'aimer, tu as été une lumière merveilleuse, tu m'accompagneras toujours où que j'aille et je souhaite à chaque homme sur cette terre de connaître une femme comme toi." (lettre d'Ernesto)

"Je ne vais pas me mettre à énumérer la liste infinie des évènements du siècle. Et de tous, si je ne devais en retenir qu'un seul, ce serait la chute du Mur. Parce que ce fût ce jour-là l'écroulement de la pire dictature de tous les temps, du plus grand mensonge de l'histoire de l'humanité. La vie aujourd'hui est dure mais au moins c'est une vie d'hommes et de femmes libres."

 

 

C'était une lecture commune avec Valérie et Sylire

 

1___2012

(3/7)

 

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(5/97)

Posté par Cinnamonchocolat à 07:00 - Commentaires [9] - Permalien [#]
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