17 mai 2017

Pascal Manoukian, Ce que tient ta main droite t'appartient

Ce-que-tient-ta-main-droite-t-appartientQuatrième de couverture:

" Si ce soir-là Charlotte n'était pas sortie dîner entre filles, si ce jour-là Karim n'était pas allé à la mosquée, jamais elle n'aurait déchiré sa robe, jamais il ne serait parti en Syrie. Ils promèneraient leur fille dans les allées du parc. Il lui achèterait des livres qu'elle laisserait traîner sur la table de nuit. Chaque jour elle serait plus belle. Chaque jour ils seraient plus amoureux. Ils boiraient du Sancerre au bonheur de leurs 30 ans, danseraient sur Christine and the Queens. La vie ne tient parfois qu'à un bas filé... » Le miracle n'arrivera pas : cette nuit-là, Karim perd tout. Son désir de vengeance va le mener jusqu'aux ruines d'Alep, au cour de la machine à embrigader de Daech. Là où se cachent les monstres, mais aussi les centaines d'égarés qui ont fait le mauvais choix pour de mauvaises raisons. Là où il faudra lutter pour ne pas ressembler aux bourreaux. Un voyage réaliste au pays mal connu de l'embrigadement et de toutes les violences."

J'avais repéré Pascal Manoukian avec son titre Les échoués mais c'est finalement avec son deuxième roman que j'ai découvert sa plume, et je ne regrette pas cette lecture. Un vrai coup de coeur et ce pour plusieurs raisons:

-l'histoire qui s'ancre dans l'actualité. Charlotte et Karim sont un couple mixte et moderne. Ils ont la trentaine, profite de leur vie mais sont prêts à fonder une famille. Karim est musulman, il pratique un islam modéré, Charlotte est chrétienne, ses ancêtres, des chrétiens d'Arménie ont été persécutés au début du siècle. Tout deux veulent concilier leurs deux cultures. La famille tient une place prépondérante dans la première partie du roman. Les liens qui unissent les générations entre elles, le rapport à la foi, aux origines, et bien sûr, l'amour d'un couple moderne. 

-le point de vue de l'auteur est plutôt étonnant. Je trouve que faire partir Karim en Syrie pour intégrer les rangs de Daech est un contrepieds assez intéressant. Pascal Manoukian nous donne donc une vision de l'intérieur. On rencontre des personnages variés, qui sont parfois là un peu par hasard, un peu par erreur. Je n'ai PAs ressenti de manichéisme, et ça ça m'a plu. Je ne dis pas qu'il adoucit, ou excuse quoi que ce soit, on est évidemment d'accord pour dire que Daech c'est pire que tout, mais il n'y a pas les gentils d'un côté, et les méchants de l'autre. C'est justement ce qui montre la dangerosité de l'organisation. Il n'est d'ailleurs pas tendre avec notre jeunesse, les médias, le monde dans lequel on vit finalement...

- les personnages sont variés, eux aussi ne sont pas ni tout blanc, ni tout noir. L'auteur essaie de montrer la noirceur que l'on peut avoir en chacun de nous, ou au contraire l'humanité dont on peut faire preuve dans les pires situations. Et ceux qui sont à la tête des entraînements au Djihad l'ont bien compris, la première phase consite à déshumaniser les gens qui leur arrivent de partout.

- l'écriture est très moderne, vivante et imagée. Elle reflète bien les émotions, les sentiments, des personnages, des situations, mais aussi celles du lecteur, elle est le miroir de notre désarroi, de notre incompréhension, de notre volonté de vivre, de ne pas avoir peur mais quand même de porter ça en nous, maintenant, et pour toujours je crois. 

Posté par Cinnamonchocolat à 06:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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