15 octobre 2017

Mazarine Pingeot, Théa

théa

Quatrième de couverture:

"Paris, 1982 : fuyant le coup d'État, des centaines d'Argentins se réfugient dans la capitale française, des images macabres plein la mémoire. La vie de Josèphe, 22 ans, bascule lorsqu'elle croise l'un d'entre eux. À peine le coup de foudre s'est-il produit que le mystérieux " Antoine " disparaît. Josèphe se met alors à enquêter : qui est Antoine ? Que lui est-il arrivé ? Est-ce vrai, ce que Josèphe a lu sur les " disparus ", sur ces " folles de la place de Mai " ?
Alors qu'elle découvre le passé de l'homme qu'elle aime, la jeune femme est brutalement renvoyée à sa propre histoire familiale, aux secrets et aux silences de ses parents... Bientôt les stigmates de la guerre d'Algérie viendront se mêler à ceux de la dictature argentine..."

Par où commencer? Comme souvent je traîne des semaines quand il s'agit de vous parler d'un livre qui m'a beaucoup touchée! Mazarine Pingeot pour moi c'était juste la fille cachée de Miterrand, un manteau marine sur une vieille couverture de Paris Match ou un autre magazine du genre, et c'est tout. Je ne savais pas qu'elle était écrivain, et c'est dans l'émission de Ruqier, à l'époque où c'était encore regardable que je l'ai découverte, elle était venue pour ce livre. Et j'ai eu moi aussi envie de la lire!

Alors voilà c'est fait! Et quelle petite claque que ce roman! Théa c'est le surnom qu'Antoine donne à Josèphe, Antoine n'est d'ailleurs pas son vrai nom. Son vrai nom il l'a perdu quand il a dû fuir son pays à la fin des années soixante-dix. Antoine est beau, mystérieux et imprévisible. Josèphe semble fragile et perdue. A priori peu de choses les rapprochaient et finalement un brin de passion est né entre ces deux personnes, l'une cherchant à oublier son identité, l'autre à la trouver. Josèphe c'est cette jeune banlieusarde d'origine modeste qui tente de mener une vie d'étudiante parisienne. Mais sa famille n'est pas bien loin, ils sont ce qu'elle préfère oublier, ce dont elle a un peu honte et qui n'est pas sans rapeler certains romans d'Olivier Adam. Le rapport compliqué qu'entretiennent les enfants avec des parents qui ne leur ressemblent pas et dont ils trouvent la vie de banlieue pavillonnaire bien terne par rapport à celle qu'ils voudraient mener à la capitale. Les parents de Josèphe sont de cette génération qui ne parle pas, ou peu, en tout cas pas pour s'épencher sur ses sentiments. 

Josèphe veut en savoir plus sur son amant. Elle se nourrit de ce qu'elle trouve sur l'Argentine, toute cette partie est vraiment intéressante parce que finalement assez loin de mon univers. Mes connaissances de l'Amérique latine sont très parcellaires. J'ai donc appris beaucoup de choses en même temps que Josèphe. Le débat sur la guerre des Malouines amènera un parallèle auquel Josèphe n'aurait même pas songé: la guerre d'Algérie, et la position de son père pendant ce conflit. En effet, la famille de Josèphe, des immigrés italiens qui ont fait le choix de s'établir en Algérie française, ses parents sont nés et ont grandis la-bas, avant de venir en France dans les années soixante.

C'est donc un roman très riche en histoire, l'Argentine, l'Algérie. La question de l'identité est centrale dans le récit mais c'est surtout le point de vue qu'on est améné à questionner. Comment tel ou tel aspect est perçu selon le point de vue duquel on le regarde, et il n'est finalement pas si aisé de trancher. C'est aussi une très belle plume que j'ai découverte, tout de suite séduite par les belles phrases, modernes mais pas trop. On sent la formation très classique de l'auteur et ça m'a beaucoup plu. Je vous encourage à le lire également, c'est une très belle découverte, oserais-je dire un coup de coeur? OUI!

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04 octobre 2017

Christophe Ono-Dit-Biot

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Quatrième de couverture:

"«Ils l'ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d'un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau.» 
Un homme enquête sur la femme qu'il a passionnément aimée. Elle est partie il y a plusieurs mois, pour une destination inconnue, le laissant seul avec leur petit garçon. 
Elle était artiste, elle s'appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe. 
Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour – leur rencontre, les débuts puis l'ascension de Paz dans le monde de l'art, la naissance de l'enfant – et essaie d'élucider les raisons qui ont précipité sa fin. 
Des trésors de la vieille Europe aux mégapoles du Nouveau Monde, du marbre des musées au sable des rivages où l'on se lave de tout, Plonger est l'histoire d'un couple de notre temps. En proie à tous les vertiges d'une époque où il devient de plus en plus difficile d'aimer."

J'ai mis du temps à l'écrire ce billet, plus d'un mois, et je sais que je n'en serai pas satisfaite... Mais bon, il faut bien se jeter à l'eau ... Haha ... Honnêtement je sais d'avance que je ne vous en parlerai pas aussi bien que Galéa ou d'autres blogueuses avant moi mais sachez qu'avant je n'étais pas convaincue et je n'avais pas spécialement envie de lire cet auteur aussi beau soit-il, et puis un billet de Valérie d'abord, et récemment une vidéo de Galéa m'ont fait changer d'avis. Et j'ai eu raison.

J'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture. Dès les premières pages j'ai su que j'allais l'adorer ce livre. C'est tellement bien écrit, beau, et sincère que je ne pouvais plus le lâcher. Je crois que Christophe Ono-Dit-Biot a tout de suite su me parler... J'ai été très intriguée par la rencontre du narrateur avec Paz, celle qui deviendra sa femme. Pourtant le personnage de Paz est, selon moi, assez antipathique. Je l'ai trouvé très égoïste, et son côté artiste très plaisant dans son originalité, n'excuse en rien certains de ses comportements. Mais Paz, je l'ai vu à travers les yeux du narrateur et j'ai compris pourquoi il l'aimait. Et c'est ça qui m'a accrochée, c'est l'amour que cet homme porte à Paz, pourtant lui aussi a été blessé, mais une chose est immuable dans ce récit c'est qu'il l'aime malgré tout.

Les passages sur l'art sont particulièrement intéressant, surtout à Venise et je suis un peu frustrée de n'avoir pas vu ce "Boy with a frog" lors de mon séjour l'automne dernier mais la sculpture n'y était déjà plu... un passage m'a replongé dans ma période universitaire lorsqu'il évoque La Carte du Tendre de Madeleine de Scudéry. Son regard sur le Moyen Orient est intéressant même si très acerbe. 

J'ai été touchée par la peur du narrateur à voyager hors des frontières de l'Europe, et finalement ce sentiment d'insécurité ne m'est pas si étranger. Ce qui se passe dans le monde actuel est effrayant si l'on y pense bien. 

J'ai cependant une petite déception en ce qui concerne la fin du roman, je lui aurais préféré une autre fin à Paz, celle-ci est un peu trop éloignée de mon imaginaire, ou de ma sensibilité animale peut-être? Je ne sais pas, mais ça ne m'a pas tellement convaincue. Je pense que c'est mon côté très terre à terre, la fin ne me paraît pas vraisemblable, alors que j'aurais tellement aimé me dire "c'est une histoire vraie"... ça pourrait peut-être l'être me direz-vous, mais je reste sceptique.

Je vous copie trois extraits que j'ai notés dans mon carnet:

"Je te rappelle seulement que dans le domaine de l'art, on aime toujours pour des motivations privées. Parce que les oeuvres, qu'elles soient filmiques ou graphiques, remuent des choses en vous."

"Ils étaient mes amis, ils avaient l'allure et le parfum des belles choses mortes. Celles qu'on regrette à vie. Celles qui ne réapparaisent jamais."

"Plutôt crever que de retourner là-bas. Terminé l'exotisme, cette drogue pour enfants gâtés d'Europe qui ne mesurent pas ce qu'ils ont entre les mains."

challenge petit bac

(Sport/loisir: PLONGER)

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20 septembre 2017

Emmanuelle de Boysson, Les années solex

les années solex

Quatrième de couverture:

"Alsace, 1969. Lors d’un séjour chez ses grands-parents, avec Camille, sa cousine dévergondée, Juliette rencontre Patrice, adolescent rebelle dont elle tombe follement amoureuse. Leurs vacances riment avec insouciance, s’y mêlent les dernières notes de l’enfance que l’on voudrait ne jamais oublier. Pourtant, dès la rentrée, Juliette doit choisir entre son désir d’émancipation et les codes étriqués de son milieu. Cette idylle ne restera-t-elle qu’une belle échappée ?
Hymne à la fureur de vivre, Les Années Solex célèbre l’âge de tous les possibles. Pantalons pattes d’eph, foulards indiens, musique pop… autant d’évocations délicieusement nostalgiques qui ressuscitent une génération avide de liberté."

J'ai emprunté ce roman à la bibliothèque parce qu'il se passe en Alsace dans les années soixante-dix. L'histoire est assez banale, une jeune adolescente qui raconte sa vie d'adolescente. L'époque et le cadre le sont un peu moins. Juliette est issue d'un milieu favorisé. D'une famille bourgeoise de Mulhouse, elle s'entiche de Patrice, jeune adolescent un brin gauchise. On sent ici les mutations lointaines de cette époque, qui effleure à peine cette ville provinciale où les codes sociaux sont encore très importants. Le divorce est tabou, les classes se mélangent peu, tout comme les filles et les garçons à l'école. La cousine, Camille, et sa mère indirectement, viendront bouleverser tout ce petit monde et apporter un peu de ce vent de folie soixante-huitard.

L'écriture en elle-même ne m'a pas plus accrochée que ça. Le récit est intéressant mais il y manque un peu de passion. Juliette est finalement très sage et ne m'a pas inspirée beaucoup d'empathie. Le gros plus du roman c'est donc son cadre. J'ai beaucoup apprécié me promener dans la campagne Alsacienne, j'ai reconnu certains lieux, en ai noté d'autres, et bien sûr maintenant j'ai quand même envie d'aller voir Mulhouse, après ces quelques années à Strasbourg, il serait temps!

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24 août 2017

Julie Wolkenstein, Adèle et moi

adèle et moi

Quatrième de couverture:

«Après la mort de mon père, j'ai trouvé en rangeant ses papiers des documents sur sa grand-mère dont j'ignorais tout et qui révélaient un secret de famille. Je ne me suis jamais intéressée aux ancêtres de personne : les gens que je ne connais pas, surtout s'ils sont morts, me sont cent fois plus étrangers, même s'ils me sont apparentés, que les personnages de romans. Mais il y avait dans ce que je découvrais sur cette arrière-grand-mère des choses qui me plaisaient, d'autres que j'aurais voulu savoir. J'ai hésité à enquêter. Ce livre est le résultat de mes hésitations.» 

De 1870 à 1941, au cœur de la bourgeoisie corsetée, le roman d'une femme amoureuse de la vie."

Comme souvent Adèle et moi n'est pas un roman vers lequel je me serai tournée, ce sont les avis lus sur les blogs qui m'en ont donné l'envie. Celui de Valérie et de Galéa si je me souviens bien. Bien sûr j'ai mis du temps à entrer dans ma lecture. Le mélange des deux narrations, celle dans un temps plus ou moins présent, et celle du passé au sujet d'Adèle, l'arrière-grand-mère de la narratrice m'ont un peu perdue. Et puis, il y a eu le récit de la grand-tante à Annecy, dans sa maison de retraite avec vue sur le lac et là j'étais ferrée!

Adèle c'est une enfant d'abord, puis une jeune femme à la fois très moderne et très conservatrice, née dans un autre siècle, elle a connu le 19ème et le 20ème siècle et les évolutions qui les ont traversé, deux guerres, une vie bourgeoise avec un appartement parisien, une maison à Sèvres et une maison de vacances sur les côtes normandes. Ce sont d'ailleurs les passages sur sa vie à Saint-Pair que j'ai le plus apprécié. Sans doute une envie de bord de mer n'y est pas pour rien... La narratrice tente de reconstituer ce que fût la vie de son arrière grand-mère, à partir du récit de sa grand-tante, de carnets retrouvés, de ce qu'elle tient de sa famille mais aussi de ce qu'elle s'imagine. Julie Wolkenstein a construit son livre à la manière des réminiscences qu'on peut avoir du passé. Les souvenirs sont très fluctuants donc ce qu'on ne sait pas ou plus on l'imagine. J'ai moi-même eu l'impression de lire un vieux journal intime, un peu poussiéreux mais captivant. Cela m'a donné la nostalgie de l'époque, les bains de mer, les repas en famille où l'ont devait "s'habiller". Ce n'est pas une lecture facile, l'écriture de Julie Wolkenstein colle avec l'époque, ce sont de belles phrases, qui rappelleent un peu la littérature victorienne, c'est donc une lecture qui se mérite mais ça vaut la peine de faire quelques efforts!

objectif pal

(15/25 dans ma PAL depuis novembre 2016

Objectif Pal d'août chez Antigone -1-)

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31 juillet 2017

Cécile Coulon, Trois saisons d'orage

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Quatrième de couverture:

"Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d’un pays qui s’en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d’une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L’histoire d’André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu’il en reste. 

Trois générations confrontées à l’Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature. 
Saga portée par la fureur et la passion, Trois Saisons d’orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s’étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n’y peuvent rien ; mais ils l’acceptent, car le reste du temps, elles sont l’antichambre du paradis. "

Voilà un roman que je savais que j'allais aimer, non seulement les quelques billets que j'avais lus à son sujet m'avaient donné envie de le lire, mais en plus la quatrième de couverture réunit ce que j'aime dans la littérature: des histoires de famille, des générations qui se succèdent, des lieux qui sont aussi présents que les personnages, l'attachement à la terre, les traditions. Cécile Coulon a su mêler ses personnages, leur maison, et la région qu'ils habitent avec brio, comme une parenthèse hors du temps. Difficile en effet de dater quoi que ce soit, le temps semble s'être arrêté aux Fontaines, on sent la chaleur des longs étés et la brise légère du matin. On prend son temps, on s'installe dans l'histoire avec les personnages, il ne se passe pas grand chose, les personnages vivent des vies ordinaires au ryhtme de la nature qui les entoure, jusqu'au jour où ... ça je vous laisse le découvrir, même si, pour moi ce n'est pas l'intrigue centrale du roman, certes cela vient bouleverser l'ordre naturel des choses, mais ce n'est pas ce pour quoi j'ai aimé ce livre. J'ai aimé ce livre pour son cadre, ses personnages, et son implicite, pour ce qui se lit entre les lignes, pour les silences des personnages et les liens intimes qui les unis, entre eux, ou aux choses et aux lieux. En bref ce fût une très belle découverte, oserais-je l'appeler "coup de coeur"? Oui sans doute...

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21 juillet 2017

Emile Zola, L'Oeuvre

l'oeuvre

Présentation (du Livre de Poche): "Dans aucun autre roman Zola n'a mis autant de lui-même que dans L'Oeuvre. Zola, le critique d'art, ami de Cézanne, fervent défenseur, contre l'art officiel, de Manet, de Monet et de toute l'avant-garde qu'incarne Claude Lantier dans le roman. Zola, l'écrivain naturaliste, rêvant de donner son existence entière « à une oeuvre où l'on tâcherait de mettre les choses, les bêtes, les hommes, l'arche immense ». Zola, l'homme enfin, et les souffrances quotidiennes de la création vues à travers l'insatisfaction permanente et l'angoisse de déchoir d'un peintre génial et d'un romancier travailleur. Roman de la passion de l'art au détriment de la vie et de l'amour, L'Oeuvre met en scène à la fois l'enthousiasme d'une révolution artistique et le drame éternel de l'artiste aux prises avec la création"

Il n'y avait pas de résumé sur la quatrième de couverture de mon édition (Pocket classique) donc je vous ai mis celle du Livre de Poche... Je n'aime toujours pas meprêter à l'exercice du résumé, peur d'en dire trop, ou pas suffisamment... Je ne savais donc pas à quoi m'attendre en ouvrant ce 14ème volume des Rougon-Macquart, hormis qu'il y était question de peinture. Je n'avais d'ailleurs pas ouvert un Zola depuis l'été dernier, plus la fin des Rougon approche, plus je la retarde... Il ne me reste plus que six titres à découvrir! Et bien en tout cas, L'oeuvre, fera parti de mes préférés avec Le ventre de Paris, Au Bonheur des Dames et Germinal. Bien sûr tous les Rougon se suivent et ne se ressemblent pas, bien que tous ont quelque chose en commun. Ici l'on retrouve le Paris des grands changements, on y trouve aussi des allusions au Ventre de Paris, et l'île de la Cité n'a jamais été aussi mystérieuse que sous le regard fiévreux du peintre, Claude Lantier. Bien sûr c'est un Zola, donc on sait que le destin de Claude ne sera pas rose, que la misère et la folie ne sont jamais bien loin. Pourtant, Claude semble avoir le talent et le brin d'originalité qui pourraient faire de lui un grand peintre. Zola entre dans les détails des sélections pour les différents salons proposés à Paris afin de faire connaître les artistes, déjà renommés ou non. De fréquentes allusions sont faites à ceux qui ont percé, Manet, Renoir et autres. Comme à chaque fois je me laisse porter, transporter dans ces lieux, avec l'illusion de pouvoir sentir la peinture fraîchement déposée sur une toile grandeur nature. Ici les personnages féminins n'existent que très peu par eux-mêmes, ils sont les faire-valoir des oeuvres, les modèles admirés ou moqués du public. La vie offerte à Christine est bien triste... celle de Claude aussi, pourtant d'autres s'en tireront bien, Sandoz notamment. Difficile de ressentir quelque chose pour Claude, de l'empathie, de la pitié, de l'agacement, entre les trois mon coeur balance, mais c'est bien de la pitié que Christine m'a inspiré. J'ai l'impression que ce titre de Zola est assez méconnu, pourtant il mérite d'être lu et donné à voir au grand public, comme l'auraient été les oeuvres de Claude.  

challenge petit bac

 

(OBJET: OEUVRE)

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13 juillet 2017

Clara Dupont-Monod, La passion selon Juette

la passion selon juette

Quatrième de couverture:

"Juette naît en 1158 à Huy, une petite ville de l'actuelle Belgique. Mariée à treize ans, elle est veuve cinq ans plus tard. Juette est une femme qui dit non. Non au mariage. Non aux hommes avides. Non au clergé corrompu. Elle n'a qu'un ami et confident, Hugues de Floreffe, un prêtre. À quelles extrémités arrivera-t-elle pour se perdre et se sauver ? Car l'Église n'aime pas les âmes fortes... "

J'ai encore en tête ma lecture du Roi disait que j'étais Diable que j'avais beaucoup apprécié. J'ai eu un peu plus de mal à entrer dans l'histoire de Juette, mais après quelques recherches j'ai mieux compris le contexte et j'ai pu me laisser porter par l'écriture de Clara Dupont-Monod, qui parce que lié au Moyen-Age est quelque peu exigente. C'est un dépaysement total que de se laisser porter par ces héroïnes qui ont contribué à faire l'histoire, certes c'est romancé, mais ça m'a donné envie d'en savoir plus. Par exemple le therme cathare, que je connaissais sans savoir ce qu'il désignait exactement, et bien maintenant je le sais. Ce roman est riche d'Histoire et d'histoires en très peu de pages. Il est difficile de s'identier à Juette mais j'ai éprouvé de la compassion pour son ami avec lequel elle partage la narration. Cette alternance de chapitres et de points de vue donne un rythme à l'histoire et apporte un éclairage nouveau sur l'histoire de Juette. Ses choix de vie sont en un sens compréhensibles, refuser un époux qu'elle n'a pas choisi, qui ne le ferait pas? Mais se dévouer entièrement à la léprosie quitte à en perdre sa santé, c'est plus difficilement acceptable à notre époque. Et pourtant, elles étaient nombreuses à y vouer leur vie, à entrer dans les ordres, pour échapper à leur destin de fille, ce n'est pas sans rappeler une certaine Esclarmonde ... 

Une très belle lecture, j'ai une préférence pour Carole Martinez dont je trouve l'écriture plus poétique, avec un brin de fantasmagorie qu'on ne retrouve par forcément chez Clara Dupont-Monod mais j'apprécie vraiment ces romans d'un autre temps.

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10 juillet 2017

Pascal Manoukian, Les échoués

les échoués

Quatrième de couverte:

"Ils sont porteurs d’espoir. Endettés, sacrifiés, ils ont laissé leur famille pour rejoindre la France et ses promesses. Virgil le Moldave, Chanchal le Bangladais, Assan le Somalien et sa fille affrontent le désenchantement de la clandestinité, les repas de poubelle et les nuits dehors. Le renoncement n’est pas une option. Ils n’ont pas de papiers mais une volonté forcenée de vivre. Et ils sont ensemble"

Petit à petit j'essaie de rattraper mon retard sur ces dernières semaines de lecture, en Mai j'ai lu Les échoués de Pascal Manoukian, très peu de temps après avoir découvert sa plume dans Ce que tient ta main droite t'appartient. Alors si je n'ai pas eu le gros coup de coeur provoqué par son dernier roman, celui-ci n'en est pas moins puissant. A travers ses personnages, Pascal Manoukian dresse le portrait de ses immigrés clandestins qu'on croise chaque jour sans même les voir. Virgil, Chanchal, Assan, tous ne rêvent que d'une chose, vivre en paix dans des conditions acceptables. Ce qui ne leur est pas permis dans leur pays d'origine, ce qui ne leur est pas non plus permis à leur arrivée en France. Seule la bonté d'une ou deux personnes les aide à se maintenir à flots, mais leur quotidien ce sont les privations, l'exploitation, ils sont de la main d'oeuvre très peu chère, et parfois au détour d'une ruelle il se font battre à mort. C'est ce long combat pour la survie quotidienne que l'auteur raconte. Mais c'est aussi la bonté, et l'humanité qu'il souligne à travers ces destins brisés. 

En bref, une histoire très touchante, criante de vérité. Un livre qui amène à s'interroger sur ce qu'on appelle aujourd'hui "la crise des migrants"...

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27 juin 2017

Loulou Robert, Bianca

bianca

Quatrième de couverture:

"Parce que la vie lui semblait vide et incolore, un jour Bianca a mis du rouge dedans. Ne plus respirer. Ne plus penser. Ne plus manger. Un grand dégoût de tout qui l’a menée aux Primevères, où ses 16 ans à elle s’écorchent aux 16 ans des autres. Le personnel, dépassé, rivalise de thérapeutiques inefficaces, tandis que les jeunes patients, cabossés, traînent leur mal-être au fil des jours. Grâce à Simon, Clara et Jeff, Bianca reprend goût – au corps, aux autres. Au poids des mots. À croire à demain, peut-être. Sûrement…"

J'aurais voulu écrire mon billet bien plus tôt parce que j'ai lu ce premier roman de Loulou Robert en mai et j'ai bien peur de ne pas pouvoir bien en parler maintenant! En tout cas, sachez que si je n'avais vu l'interview de l'auteur il y a deux ans chez Ruquier, je n'aurai jamais pensé à lire ce livre! L'histoire d'une ado anorexique hospitalisée, ce n'est à priori pas ce qui m'aurait donné envie, savoir que l'auteur est mannequin encore mois... Comme quoi il faut TOUJOURS se méfier des à priori, ce n'est pas Elizabeth Bennet qui me contredirait! Mais finalement les présentateurs de l'époque étaient assez unanimes, Loulou Robert m'avait fait bonne impression et les quelques extraits lus ce jour là m'avaient donné envie. Non seulement cette fille est sublime mais en plus elle écrit bien! La vie est bien généreuse avec certains :)

Au début, Bianca m'a beaucoup fait penser à Dieu me déteste d'Hollis Seamons, et plus j'avançais dans ma lecture plus je le trouvais meilleure, moins cliché, très sensible avec une écriture plus travaillée, bref j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, ses personnages, son histoire pas si banale, ou trop peut-être, dans le sens où le mal-être adolescent est devenu trop banal. On n'y accorde peut-être pas toujours l'attention qu'il mérite, en se cachant derrière un "c'est la crise d'ado".  Loulou Robert est sans concession avec les parents, avec le milieu médical qui manque parfois d'empathie. C'est une belle découverte, je pense ne pas trop attendre pour lire son deuxième roman sorti cette année: Hope, qui me semble-t-il est la suite de ce roman.

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07 juin 2017

Clémentine Beauvais, Songe à la douceur

songe à la douceurPrésentation de l'éditeur:

"Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie."

 

C'est Moka qui m'a donné envie de lire ce livre l'été dernier. Son billet est aussi beau que le livre en lui-même, elle trouve toujours les mots justes, et les beaux mots pour parler des livres qui touchent... Songe à la douceur est un de ces ovnis de la littérature, mi-roman d'amour, mi-poésie, il est destiné à la jeunesse mais j'ai plus eu l'impression qu'il s'adressait à des adultes. Je l'ai vraiment beaucoup aimé, de par sa forme en vers, par ses personnages, et par son histoire. Cette lecture m'a donné l'impression, le temps de quelques soirées, de me retrouver dans une bulle hors du temps. Il fait s'interroger sur le sentiment amoureux, mais aussi sur l'amitié et les amours de jeunesse. Qui n'a pas songé un jour à ses amis, ses amours de collège en se demandant et si? Et bien Tatiana et Eugène l'ont fait. Et dernière cette douceur se cache une vérité difficile, de celle qui nous fait nous demander aussi si j'avais changé telle ou telle chose, comment serait ma vie d'aoujourd'hui?

C'est vraiment difficile de vous parler de ce livre, lu le mois dernier, je pense que de toute façon je ne pourrai lui rendre justice et je vous conseille simplement de le lire pour vous laisser vous aussi emporter, et si je n'ai aps réussi à vous convaincre, je vous renvoie au billet de Moka :)

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