14 mai 2018

Hanan El-Cheikh, Toute une histoire

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Quatrième de couverture: "Après la mort prématurée de sa grande soeur, Kamleh, onze ans, est promise à son beau-frère. Dans le Beyrouth des années 1940 où elle s'installe avec la famille de son futur mari, elle est placée comme apprentie chez une couturière et tombe amoureuse du cousin de cette dernière, un jeune lettré féru de poésie. Forcée à quatorze ans de se marier avec son fiancé, Kamleh devient mère mais reste follement éprise du beau Mohamed. 
Elle échange avec lui grâce à l'aide de ses amies des lettres enflammées, s'identifie aux héroïnes du cinéma égyptien, se grise des paroles ardentes des chansons à la mode. Elle va surtout, bravant tous les usages, tenter d'obtenir le divorce, au risque d'être séparée de ses deux filles... Portrait de la propre mère de l'auteur, femme du peuple analphabète, espiègle et fine, qui eut l'audace de transgresser les interdits de son milieu, ce récit donne également à lire plus subtilement l'histoire d'une fille qui, ayant grandi, peut enfin comprendre sa mère et lui dire combien elle l'aime."

(photo Exploratology: abonnement de Mars)

Lecture partagée avec Bladelor dont vous pourrez lire le billet ici. Ce qu'il y a de bien avec Exploratology c'est que ça nous amène dans des contrées un peu inhabituelles, alors même si d'emblée l'histoire me semblait intéressante, je ne crois pas avoir jamais lu un auteur Libanais, donc rien que pour ça le concept de la box est vraiment chouette. J'ai pourtant eu un peu de mal en abordant cette lecture, forte de ma déception avec le roman du mois précédent L'art de la joie, que j'ai abandonné. J'ai d'abord eu un peu de mal à entrer dans l'histoire mais je me suis rapidement attachée au personnage principal, comment ne pas éprouver de la compassion à son égard? J'ai donc beaucoup apprécié la première partie du roman, l'enfance de Kamleh et son arrivée à Beyrouth. La suite m'a un peu moins plue, j'ai trouvé quelques longueurs, et certaines attitudes m'ont également agacée, et puis le récit prend un second souffle et je ne l'ai plus lâché. Ce ne fût donc pas une lecture de tout repos, des hauts, des bas, comme dans la vie de cette jeune femme au destin quelque peu chaotique. Le petit plus? Le mordant de son personnage et l'humour parfois un peu grinçant qui nous accompagne tout au long de ces pages. Ce ne sera pas une lecture inoubliable, mais j'ai aimé cette plongée dans la société libanaise.


29 novembre 2017

Zoyâ Pirzâd, C'est moi qui éteins les lumières

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Présentation de l'éditeur:

"Dans un quartier préservé d’Abadan, Clarisse, l’épouse et mère de famille à travers qui l’histoire se déploie, est une femme d’une profonde humanité, intelligente, d’une simplicité de cœur qui nous la rend spontanément attachante. Par ses yeux, on observe le petit cercle qui se presse autour du foyer : un mari ingénieur à la raffinerie, fervent de jeu d’échecs et de politique, les deux filles, adorables et malicieuses jumelles, Armène, le fils vénéré en pleine crise d’adolescence, et la vieille mère enfin qui règne sur la mémoire familiale.

Pourtant la très modeste Clarisse, cuisinière éprouvée qui se dévoue sans compter pour les siens, va bientôt révéler sa nature de personnage tchekhovien, au romanesque d’autant plus désarmant qu’il se montre on ne peut plus retenu. De nouveaux voisins se manifestent en effet, une famille arménienne débarquée de Téhéran qui va très vite bouleverser l’équilibre affectif de notre femme invisible.
Comme dans les romans de Jane Austen, Zoyâ Pirzâd dresse avec justesse et drôlerie le portrait d’une société patriarcale scellée par les usages et traditions des femmes."

Deuxième livre prêté par Violette en provenance de la box Exploratology et deuxième belle découverte. La découverte est double puisque c'est une auteur que je ne connaissais aps du tout, et c'est un pays sur lequel j'ai très peu lu. Si la découverte de l'auteur m'a apporté une grande satisfaction, je reviendrai sur le second point à la fin de mon billet.

Zoyâ Pirzâd nous emmène donc en Iran, chez une famille d'origine arménienne, qui vit en communauté dans un quartier qui semble lui aussi arménien, les amis de la famille sont arméniens, et les enfants fréquentent une école arménienne. Le seul personnage iranien qui intervient dans l'histoire, c'est la secrétaire du mari qui est une progressiste, engagée dans une association pour faire accéder les femmes au droit de vote, elle s'intéresse de près à la communauté arménienne qui d'après elle est plus avancée sur la question. Ne vous trompez pas, la question du droit de vote des femmes n'est pas centrale dans le roman, j'en parle uniquement pour aborder le rapport entre les deux communautés dans le roman mais surtout pour essayer de dater le récit. Années soixantes ou quelque chose de plus récent? Difficile à dire, les femmes ont eu le droit de vote en Iran en 1962 donc cela pourrait être avant, mais leurs droit sont été à nouveau limités après le Révolution donc à voir...

En tout cas, on entre dans cette communauté et dans cette famille pour suivre une tranche de la vie de Clarisse, vie qui va être quelque peu bousculée par l'arrivée de nouveaux voisins. Un père et sa fille et la grand-mère. Cachun est un peu étrange à sa façon, la grand-mère, très petite et assez hautaine, Emily, très jolie mais manipulatrice, et le père qui éveillera une certaine attirance chez Clarisse tant il est différent de son époux. A travers cette vision, l'auteur nous donne à voir l'organisation de la famille, mais surtout la vie des femmes. C'est assez intéressant, d'autant plus que c'est bien écrit, et je pense très fidèle à cette vision de la famille où la femme s'efface pour le bonheur de ses enfants et de son mari.  Ce n'est pas un livre à suspense, il n'y a pas d'intrigue à proprement parlé, c'est un moment d'une vie assez ordinaire mais qui finalement aura changé sa narratrice. Est-ce que sa vie reprendra son cours, est-ce qu'elle portera ces quelques mois en elle... nous ne le saurons pas, mais c'est ça aussi qui est beau dans l'écriture, elle laisse place à l'imagination.

Ce n'est donc pas un livre sur l'Iran, c'est un livre sur une femme, c'est un livre sur la communauté arménienne en Iran mais on ne voyage pas spécialement en Iran, donc de ce point de vue je suis un peu restée sur ma faim. Mais en relisant la quatrième de couverture le livre est vraiment présenté comme "le portrait d’une société patriarcale scellée par les usages et traditions des femmes" donc pas comme une plongée dans l'univers des femmes iraniennes, il n'y avait donc aps de déception à avoir! 

lire sous la contrainte

(Challenge lire sous la contrainte chez Phildes: être - 2)

19 juillet 2013

Atiq Rahimi, Syngué sabour - Pierre de patience

Syngu__sabourQuatrième de couverture:

"syngué sabour, n.f. (du perse syngue «pierre», et sabour «patiente»). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré."

 

Voilà un très court roman qui ne peut pas laisser indifférent. Je ne peux pas dire si je l'ai aimé ou si je ne l'ai pas aimé, j'ai simplement trouvé la lecture un peu anxiogène, avec l'envie d'en finir à chaque page, de savoir jusque quand allait durer l'histoire de cette femme qui prend soin de son époux plongé dans le coma. Nous sommes ici en temps de guerre en Afghanistan, les gens vivent cloîtrés chez eux, des hommes armés arpentent la ville désertée. Le jeune femme a envoyé ses enfants chez sa tante pour qu'ils soient en sécurité, elle reste avec son mari, et chaque jour lui raconte son enfance, lui révèle ses idées, ses pensées... Un jeune "soldat" lui rend visite et casse un peu la monotonie de ses journées. 

La narration est assez répétitive, comme les journées de la jeune femme, on se perd dans ses pensées, qui sont mêlées au discours qu'elle tient à son mari. Elle lui fait certaines révélations qui en Afghanistan sont susceptibles de coùter la vie à une femme... 

J'ai été angoissée tout au long de ma lecture donc, c'est le coeur battant que je tournais chaque page et la fin est tombée comme un couperet... Dur dur donc... 

 

Je ne crois pas que j'aurais lu de moi-même ce roman mais j'avais dans une de mes classes cette année le neveu d'Atiq Rahimi, mon collègue de français a donc organisé une entrevue avec l'auteur et fait lire ce titre à la classe, je me demande comment les élèves ont compris cette lecture, il me tarde de pouvoir un discuter avec lui à la rentrée.

 

Posté par Cinnamonchocolat à 13:50 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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