03 octobre 2018

Alice Zeniter, L'art de perdre

l'art de perdre

Quatrième de couverture: " L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoirefamiliale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?
Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales."

Je le dis souvent mais on se trompe rarement quand on choisit de lire un Goncourt des lycéens, en tout cas cela vaut pour moi, et L'art de perdre ne fait pas exception. Dans ce roman je cherchais une histoire familiale racontée sur plusieurs générations et avec le regard de plusieurs générations et je voulais également m'informer sur l'Algérie à cette période de l'avant guerre et à l'après, l'accueil des ressortissants algériens sur le territoire français qui aurait dû être un peu le leur puisque l'Algérie était française. Je n'ai pas été déçue. Les deux aspects sont très bien traités, tout en finesse et très instructifs sans être pour autant rébarbatifs. Alice Zeniter sait de quoi elle parle puisqu'elle est elle-même descendante de ce qu'on appelle communément les Harkis, c'est un peu de son histoire familiale qu'elle livre à travers ces pages. D'ailleurs il y avait une très belle interview d'elle dans le magazine Society de juillet.  Les Harkis sont ces Algériens qui ont choisi de se battre au côté de la France lors de la guerre d'Indépendance algérienne délibérément ou malgré eux, ou qui ont refusé de se battre aux côtés des Algériens. A la fin de la guerre, ces hommes et leurs familles craignaient de rester vivre chez eux, souvent menacés voire agressés ou tués ils ont choisi de quitter l'Algérie pour la France pensant être bien accueillis dans ce pays qui leur semblait plein de promesses. Ce ne fût bien évidemment pas le cas, parqués dans des camps de réfugiés, ils ont dû s'adapter à une société qui ne voulaient pas forcément d'eux. Cela couvre les deux première parties du roman, l'histoire du grand-père puis du père de Naïma qui remonte le fil de ses racines et à qui est consacrée la dernière partie.

Les trois parties sont intéressantes et on ne peut que ressentir de l'empatie pour la famille de Naïma, l'aspect le plus touchant est peut-être celui qui concerne son père, Hamid, né en Algérie, arrivé en France tout petit et qui semble s'être construit en opposition à ses racines algériennes pour mieux s'intégrer dans le paysage français, tout en étant quelque part un peu retenu malgré lui par ses origines. La fameuse idée d'assimilation... Naïma quant à elle est étonnante, elle ne semblait pas spécialement intéressée par ses origines jusqu'à ce qu'elle soit confrontée à l'Algérie actuelle où tout est différent mais où tout semble également figé. Il ne semble pas y avoir eu chez elle ce qui ressemble à une crise identitaire que peuvent rencontrer certains jeunes nés en France de parents d'origine Algérienne. Je parle plus ou moins en connaissance de cause, mes nièces sont franco-algériennes et pour la plus grande le rapport aux origines est assez particulier. Et je trouve ça intéressant que ce ne soit pas ce parti pris qui soit mis en lumière, cela aurait pu très vite tomber dans le cliché, hors ce roman est tout sauf du cliché, il est beau et riche, il pose des questions, et il donne aussi quelques réponses. A lire donc!!

 

challenge petit bac

(ART: ART)

Posté par Cinnamonchocolat à 06:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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