16 novembre 2010

Philippe Besson, La trahison de Thomas Spencer

la_trahisonQuatrième de couverture : « Paul Bruder et Thomas Spencer sont nés le même jour. Ce hasard va les rendre inséparables. Sur les rives du Mississippi, les deux jeunes Américains liés par une amitié exceptionnelle vivent une jeunesse insouciante, à l'abri de l'agitation du monde. Jusqu'à ce que l'effervescence des années 1960 les rattrape. Mais surtout, Paul et Thomas vont croiser la route de Claire MacMullen, une jeune femme libre. Donc dangereuse. Dans une période troublée, la part obscure des individus se révèle. Et peut même les conduire à commettre l'irréparable. »

Quand les Editions 10-18 offre un livre pour l’achat de deux je cours ! Oui parce que voyez-vous j’aime les couvertures proposées par ces éditions ! C’est d’ailleurs la couverture qui m’a d’abord tapé à l’œil ! et Ô joie, Ô bonheur quand j’ai lu la quatrième de couverte : ça se passe dans les sixties ! Cette décennie tant chérie parce que très riche culturellement, historiquement, socialement (fin bref vous avez compris ;) ) et Ô joie, Ô bonheur ça semble être ce que je classe dans le « roman d’apprentissage » vaste sujet mais les ingrédients sont réunis, deux garçons insouciants qui vont grandir au fil des pages dans un contexte marqué des évènements historiques. Et en plus ça se situe dans l’Amérique profonde du sud. Perfect ! et bien oui perfect ! J’ai vibré au fil des pages avec Paul et Thomas, j’ai rêvé grandir avec eux. Et puis ces deux garçons ne pouvaient qu’avoir un destin tragique, ils sont nés le jour du bombardement d’Hiroshima, ont été bercé par le McCarthysme et sa chasse aux sorcières, les parents de Paul sont de « bons » américains moyens, aux idéologies sudistes (suprématie blanche, travail et patriotisme). Thomas est quant à lui moins traditionnaliste, élevé seul par sa mère il ne partage pas les idées de la famille Spencer mais ne s’oppose pas non plus directement à leurs idées. Il laisse un peu dire mais nous fait part à nous lecteur de ses impressions sur son époque. Le mieux au final c’est de vous faire partager quelques extraits que j’ai relevé :

« Voilà, à dix ans, j’ai appris en une seule phrase, prononcée sur un ton désolé et néanmoins badin, tout le racisme du sud. »

«  Cette année 59 n’a pas seulement marqué la fin d’une décennie. Elle a signé aussi le décès d’une époque. »

A l’arrivée de la télévision : « Nous avions été heureux sans savoir et dorénavant, il nous faudrait nous battre pour continuer à l’être alors que nous savions. » à travers Thomas, l’auteur essaie de nous faire comprendre l’impact  qu’a pu avoir la télévision sur les familles américaines. Celle-ci s’est largement diffusée dans els foyers au milieu des années soixante et cela a notamment coïncidé avec d’abord l’assassinat de Kennedy puis les images de la guerre du Vietnam. Avant l’arrivée de la télévision les gens étaient plus ou moins au courant des évènements dans le monde par le biais de la presse, mais là les évènements s’invitaient quotidiennement chez eux, ils ne pouvaient donc plus feindre de ne pas savoir.  C’est ainsi qu’il ajoutera plus tard « Chaque américain st capable de dire où il se trouvait et ce qu’il faisait le 22 novembre 1963, aux premières heures de l’après-midi. » J’ai l’impression que pour ma génération, c’est également vrai pour le 11 septembre 2009. Je crois que je peux retracer le reste de ma journée à partir du moment où j’ai appris les évènements.

« James Meredith n’était pas un dangereux criminel, pas un repris de justice, pas un agitateur professionnel, pas un exhibitionniste pervers. Il n’était qu’un étudiant assez méritant, n’aspirant qu’à poursuivre dans le calme sa scolarité. »

« Je me demande parfois quelle femme elle est aujourd’hui. Oui, que deviennent ceux que nous avons aimés et perdus ? »

« On peut sans doute mieux employer son temps libre : préparer son avenir ou, au contraire mordre à pleines dents dans l’instant présent ; se mobiliser pour quelques causes ou travailler à son propre destin ; rencontrer de nouvelles têtes, élargir son horizon, lire tous les livres, voir tous les films. Moi, je ne le regrette pas. C’était la vie aussi, cette inutilité, ces heures inoccupées. C’était notre vie. »

« La vie, c’est cela. Une résignation muette au malheur et un consentement à la facilité. »

Vous l’aurez donc compris, j’ai beaucoup apprécié cette lecture, c’est donc un coup de cœur réussie encore une fois pour les éditions 10-18 ^^.

Posté par Cinnamonchocolat à 20:29 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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